Compte rendu des premières apparitions

 

Première apparition le dimanche 22 mars 1936 :

« Le dimanche 22 mars à la soirée, je jouais avec mon amie Louise D., sur la route, à quelque cent cinquante mètres du petit tunnel traversant l’ancien chemin de fer du Charbonnage de Ham. Il était environ cinq heure et demie quand tout à coup mes yeux se sentirent attirés  vers cet endroit. C’était comme une lueur blanche. Je vis un voile s’ouvrir. Je m’approchai et quand je fus là, l’Apparition se manifesta de nouveau au fond du tunnel cette fois et disparut bientôt.
Vite, je rentrai chez moi et contai la chose à mes parents qui, évidemment, ne voulurent rien en croire. »
(transcription du témoignage de la voyante Emelda S.)

2ème apparition le lundi 23 mars :

« Le lundi, à la même heure, je retournai sur ces lieux. Ce fut la même vision d’une femme vêtue d’une robe brune quelque peu cintrée. Un voile blanc recouvrait sa tête et celle-ci était surmontée d’une couronne jaune (or ?) en pointe. Elle portait aussi une collerette noire. Je demandai à l’Apparition qui elle était ? Elle ne répondit point. Elle avait le bras droit plié, la main reposant sur la poitrine, tandis que de l’autre, elle tenait le dernier grain d’un chapelet. »
(transcription du témoignage de la voyante Emelda)

Après de pareils témoignages, le père sollicita l’aide de M. le Curé de Ham. Celui-ci lui déclara nettement qu’il fallait empêcher à tout prix son enfant de se rendre à cet endroit. Le père s’appliqua sérieusement à suivre le conseil du prêtre et le mardi soir, la petite Emelda resta chez elle.

3ème apparition le mercredi 25 mars :

Le lendemain matin, le père se présenta pour descendre, comme d’habitude, dans la mine. Il fut subitement pris d’un malaise qui l’obligea à regagner son domicile. Un médecin l’ayant examiné le fit s’aliter.

« Depuis lors, mon papa ne veut plus s’opposer à mes désirs (concernant l’Apparition). Bien mieux, lui qui n’avait plus assisté à l’office religieux depuis dix ans, il m’accompagne ces jours-ci à l’église. »
(transcription du témoignage de la voyante Emelda)

Le mercredi soir, suivie d’une foule nombreuse, la visionnaire retourna à l’endroit des Apparitions, où, dit-elle, le même spectacle de présenta à ses yeux.

Pendant l’extase, tout ce qui l’entourait avait disparu et elle ne percevait même plus le bruit du ruisseau.

« J’ai demandé à l’Apparition de faire un miracle parce que les gens riaient de moi et ne voulaient pas me croire. Elle m’a répondu qu’elle en ferait un, mais qu’il fallait beaucoup prier. »

De la 4ème à la 6ème apparition, jeudi 26 à samedi 28 mars :

Jeudi, vendredi, ce fut pour l’enfant la même vision et la même foule qui la contemplait dans son extase.

Samedi soir, l’affluence était plus nombreuse encore et la gendarmerie de Moustier dut se rendre sur les lieux.

7ème apparition le dimanche 29 mars :

Malgré la pluie, plus d’un millier de curieux sont allés dimanche à « La Praule ». Depuis cinq heures, des centaines de personnes avaient pris place sur les côtés et devant le tunnel de forme ogivale, d’une hauteur d’un mètre cinquante environ, profond d’une dizaine de mètres. Sur le talus de l’ancien chemin de fer, la foule s’écrase. Sur la route d’Arsimont, stationnent des voitures et, déjà, un autocar.

On attend la visionnaire. À cinq heures trente précises, elle arrive suivie de ses parents et de nombreux amis. Ses bras contiennent deux bouquets de fleurs.

La fillette parvient non sans difficultés à atteindre l’endroit où dans quelques instants, elle tombera de nouveau en extase. Elle vient de s’agenouiller, imitée par ses père et mère. Dans l’enclos nouvellement aménagé, des malades et des infirmes ont déjà été amenés. Et soudain, de la foule s’élèvent des prières. Pour les croyants, le moment est sublime et ils se retrouvent ici comme à Lourdes… ou à Beauraing.

Agenouillée devant le tunnel à l’entrée duquel ont été déposés deux vases remplis de fleurs, Emelda reste muette le regard plongé vers l’ouverture. Elle pâlit soudain et entre en extase. Les prières ont cessé. C’est le lourd silence. On voit l'enfant tendre les bras comme pour accueillir l'Apparition. La vision dure quelques vingt minutes.

8ème apparition le lundi 30 mars :

Lundi, la foule fut encore plus nombreuse que la veille (s’approchant probablement des 2000 personnes).

Toujours à la même heure, selon le même cérémonial, suivie des mêmes parents et amis, la petite Emelda est revenue s’extasier devant le tunnel de « La Praule ». Et avec une infinie attention, la foule l’observait dans ses gestes et écoutait ses paroles. Car, ce jour-là, la visionnaire, au moment de l’extase, a fait entendre sa voix.

Elle paraissait plus nerveuse. On l’a vue, comme de coutume, agenouillée devant le tunnel, étendre ses bras, comme si elle voulait se donner à l’Apparition, puis les a tendus lui offrant des roses. Ce spectacle, se déroulant au milieu de la foule muette, avait, il faut bien le reconnaitre, quelque chose d’émouvant. Derrière leur enfant, le père et la mère étaient aussi agenouillés.

Quand la visionnaire cessa d’être en extase, on apprit que le lendemain elle reviendrait encore et serait habillée comme l’apparition, c’est-à-dire, si l’on s’en réfère à ses premières déclarations, d’une robe brune avec collerette noire et d’un voile blanc. Seuls les enfants seront admis dans l’enclos.

9ème apparition le mardi 31 mars :

Et nous voici mardi, dixième jour après la première apparition. Le matin, des curieux avaient déjà gagné « La Praule ». À 12 heures, des centaines de personnes s’étaient installées. C’est ainsi qu’à 17 heures, on pouvait sans exagération en compter trois à quatre mille.

À 17:20, la visionnaire quitte son domicile accompagnée de ses parents. Comme elle l’avait annoncé, la petite Emelda est vêtue d’une robe brune avec une collerette et un voile blanc. Le sommet de la rue de la Vallée jusqu’à l’endroit des apparitions est garni d’une foule compacte.

Précédée de la gendarmerie dont le service d’ordre est impeccable, l’enfant gagne d’un pas agile et assuré les lieux mystérieux.

Il y a dans l’enclos beaucoup d’enfants qui attendent leur petite amie. Celle-ci arrive au tunnel à 17:25 aux accents des prières récitées par les premiers témoins de cette scène étrange.

Le ciel est très sombre. Au-dessus de la masse humaine immobile plane un gros nuage noir. On se trouve comme dans une atmosphère d’orage, d’anxiété, d’attente. Lorsque la visionnaire s’agenouille, on n’entend plus que le doux frémissement du ruisseau.

Emelda tend ses roses vers le tunnel. Elle est toute transfigurée. Nombreuses sont les femmes qui ne peuvent la contempler qu’avec des larmes dans les yeux.

Puis, tout à coup, d’une voix perçant le silence, elle prononce, debout, les bras tendus, les paroles suivantes :

« Comment vous appelez-vous ? »

Par cinq fois, elle répètera ces phrases qui provoquent un certain frémissement dans la foule.

« Dites-moi seulement votre nom. » … « Je n’ai pas entendu. » … « Répondez-moi encore une fois, je n’ai pas entendu. » … « Je n’ai pas entendu ».

L’enfant s’agenouille à nouveau et penche sa tête entre les bras, puis après quelques gestes, elle se relève, et tandis que ses paroles sont chaque fois suivies de rumeurs de l’assistance, elle reprend :

« Qu’il est beau… Laissez-le venir à moi… Vous m’avez présenté votre enfant ! je vous jure qu’il est très beau. » … « Qu’ils sont beaux vos amis… Et votre petit enfant, présentez-le-moi encore… Vos amis sont Sainte Thérèse et Saint Jean… Et le petit Jésus que vous m’avez présenté !? ».
« Dites-moi votre nom ? … Vous êtes la Sainte Vierge !? Oh ! C’est vrai ! »

Il y a tout autour, en présence de ce singulier spectacle, des enfants, des femmes et des hommes qui versent des larmes. Mais que dire du papa qui se tient agenouillé à quelques pas de sa fille ? Il porte sur sa figure les traces d’une vraie douleur.